lundi 25 août 2008

ORGANIGRAMME DU MOSSAD : Structures du Mossad en 2008



Crée formellement en 1951, l’Institut pour le renseignement et les affaires spéciales (ha-Mossad le-Modiin ule-Tafkidim Meyuhadim המוסד למודיעין ולתפקידים מיוחדים) ou MOSSAD est l’organe d’action et de renseignement extérieur le plus célèbre d’Israël.

Outre ses fonctions de renseignement et de contre espionnage extérieur, de lutte anti terroristes voire d’actions spéciales (cambriolages, sabotages, assassinats..), le MOSSAD est aussi chargé de faciliter l’émigration (aliyah) des communautés juives persécutés. Il a notamment réussi des opérations de ce type au Yémen dans les années 60 et en Ethiopie durant les années 80.

Le Directeur du MOSSAD est nommé par le Premier Ministre après avis des président de commission de la défense et des Affaires Etrangères de la Knesset.

Ce directeur est assisté d’un adjoint qui, depuis 1995, assume aussi la fonction de chef du Directorat des Opérations.


DIRECTEURS-ADJOINTS DU MOSSAD

Isser HAREL1952-1953

Izzi DOROT1953-1963

Yaakov CAROZ 1964-

David KIMCHE 1976-1980

Nahum ADMONI 1980-1982

Shmuel GOREN 1982-1984

Menahem “Nahik” NAVOT1984-1986

Shabtai SHAVIT 1987-1989

Ephraïm HALEVY 1990-1995

Aliza MAGEN 1995-1998

Amiram LEVINE 1998-2000

Ilan MIZRAHI 2000-2003

Tamir FREDO 2003-2005

Natalin GRANOT 2005-2007

Tamir FREDO 2007-

Le N°3 du service étant le chef du Directorat de Soutien

Directorat des Opérations

Chapeauté par le directeur adjoint du Mossad , ce directorat est composé des divisions suivantes :


+TSOMET : Crée en 1955 cette division est chargé du recrutement et du traitement des sources humaines à l’étranger. Ce travail s’effectue par l’intermédiaire de ses représentations (stations) au sein de certaines ambassades israéliennes.

Chefs connus :

David KIMCHE dans les années 70

Benny ZEEVI -FARKASH dans les années 80

Rehaviah VARDI dans les années 80

Avi DAGAN de 1993 à 1996

Ilan MIZRAHI de 1997 à 1999

Natalin GRANOT de 2002 à 2005

+ TEVEL : (Anciennement KAISARUT) Liaisons extérieures et diplomatie non officielle. Cette division créée en 1958 est chargé d’entretenir et de fortifier des relations avec des pays qui ne reconnaissent pas l’Etat d’Israël (Maroc, Pays du Golfe…), mais aussi d’effectuer la liaison avec les services alliés (France, USA, Grande Bretagne…). Comme dans les services anglais ou allemands, le poste d’officier de liaison TEVEL au sein de l’ambassade de Washington est un des plus importants du service.

Chefs connus :

David KIMCHE de 1976 à 1980


Menahem "Nahik" NAVOT de 1980 à 1981


Nahum ADMONI jusqu'a 1982

Ephraïm HALEVY de 1985 à 1990

Yitzhak BARZILAY dans les années 90

Yoram HESSEL de 1999 à 2003

+ KESARIA (Anciennement KOMEMIUTE puis METSADA): C’est la direction des opérations spéciales. Elle est chargé notamment des opérations d’élimination physique des ennemis d’Israël au travers de sa branche KIDON.

Chefs connus :

Mike HARARI années 70

Aharon SHAHAR en 1984

Hagai HADAS à la fin des années 90


+ NEVIOT (Anciennement KESHET) : C’est la division chargé des opérations de surveillance technique (Photographie, Ecoutes et cambriolages) La branche la plus célèbre de cette division est la chargée de faire « parler les objets ». Ce sont des officiers de cette division qui ont été arrêtés en 1998 par la Police suisse alors qu’ils tentaient de poser une écoute sur la ligne d’un soutien présumé du Hezbollah

Chefs connus :

Yitzhak BARZILAY jusqu‘a 1998

Tamir FREDO de 2000 à 2003


+ DIRECTION DU RENSEIGNEMENT : Créée en 1974 elle est chargée de l’analyse des renseignements recueillis par les divisions précédemment citées. Ces études sont destinées aux services du Premier Ministre et dans une moindre mesure à certains membres de la Knesset dans leurs processus de décision.

Chefs connus :

Uzi ARAD

Uri NEEMAN

Uri CHEN

Brig Gen Amnon SOFRIN de 2003 à 2008

+BITZUR (Aide à l'émigration des communautés juives menacées) C'est la spécificité du MOSSAD dans la communauté du renseignement mondiale. Cette section a notamment été en pointe dans l'émigration des communautés juives en Irak dans les années 50 et au Yémen dans les années 60. Son plus grand succès se déroula en Ethiopie avec les sauvetage de 20.000 falachas.

Chefs connus :



Ephraïm HALEVY (80-85)

LE DIRECTORAT DE SOUTIEN


Ce directorat est –avec celui des opérations- la deuxième branche de l’Institut. Depuis 2003 son responsable en tant que chef d’Etat Major est le n°3 du MOSSAD.

Ces prérogatives couvrent toutes les fonctions non opérationnelles du service la technologie, les ressources humaines, l’administration, l’entrainement ainsi que la sécurité intérieure.

Paradoxalement il existe moins d’informations disponibles sur cette partie du MOSSAD.


RESPONSABLES CONNUS :

Jusqu'à 1980 Menahem « Nahik » NAVOT (directeur de l’administration)


- SERVICE R&D

On peut estimer que -dans le contexte international depuis 15 ans- ce service détient une grande expertise technique dans les domaines nucléaires chimiques et bactériologiques.

Très probablement chargé de la production ou de l’achats des différents gadgets nécessaires à l’accomplissement des missions spéciales du service il a certainement créé et produit le poisson utilisé par l’unité Action du MOSSAD contre Khaled MESHAAL à Amman en 98.

RESPONSABLES CONNUS :

Années 80 : Colonel (res.) Elie GAMZON qui fut ensuite directeur d’une société de production de drones


- RESSOURCES HUMAINES

Dans toute organisation humaine –sociétés ou administration- celui ou celle qui contrôle le service du personnel et donc la gestion des carrières détient un pouvoir important. D’Yves BERTRAND au sein des RG à Richard DEARLOVE au MI6 il peut même être la dernière marche avant le poste suprême.

Cette division est aussi responsable de l’Ecole de formation du MOSSAD.

RESPONSABLES CONNUS :

89-95- Aliza MAGEN


- SECURITE INTERNE

Cette cellule est la plus secrète du service et je dois à la vérité de dire que je n’ai aucune information FIABLE a son sujet.


LES STRUCTURES EXTERIEURES

A l’instar des organismes de renseignement extérieur à vocation mondiale, comme la CIA le SVR la DGSE ou le SIS, le MOSSAD dispose de représentations extérieures de ses services.

Pour faciliter la compréhension nous emploierons ici le terme générique de station.

Il semble bien que, dans les grandes capitales en tout cas, il existent deux structures du MOSSAD distinctes l’une de l’autre :


- Une station du TEVEL chargé des relations avec les services locaux de sécurité et de contre espionnage mais aussi des relations avec les forces politiques et économiques. Cette station est généralement installé au sein des ambassades et dirigé par un officier ayant pour couverture les grades de 1er secrétaire ou de conseiller.


Il semble que le MOSSAD dispose de ce type de stations dans les capitales suivantes : WASHINGTON, NEW YORK, LONDRES, ROME, MILAN, BERLIN, BERNE, PARIS, MARSEILLE, ANKARA, LE CAIRE, AMMAN, NAIROBI, SINGAPOUR, PEKIN.


Selon mes recherches les stations TEVEL de Washington et de paris ont été dirigés par les officiers suivants :


TEVEL PARIS

55-60- Yaacov CAROZ

60-62- Naftali KENAN

62-64- Yaacov CAROZ

64-65- Zvi AHARONI

65-67- Naftali KENAN

67-71- Nahum ADMONI

71- Yosef Paul KEDAR

77-79-Ephraim HALEVY

79-82- Arie SIVAN

82-84 – David ARBEL

84- Moshe TAL

87- Uzi ARAD



TEVEL WASHINGTON

71-73- Nahum ADMONI

73-77-Ephraim HALEVY

84-Zave ALAN

86- David ARBEL

89-93- Uri CHEN

93-97- Yoram HESSEL

97-00- Arie REGEV


- Une station du TZOMET complète ce dispositif à l’étranger. Cette structure est par définition bien plus discrète que celle du TEVEL. Il semble même que dans certains cas elle soit installée hors des locaux des ambassades et donc sans la protection de l‘immunité diplomatique.


dimanche 24 août 2008

LE S.I.S. : UNE GRANDE FAMILLE

Quand il est question de services secrets et de renseignement, le grand public a tendance a y associer en priorité James BOND le . Ce personnage de fiction crée en 1953 par Ian FLEMING lui-même ancien officier de renseignement britannique est en effet l’archétype de « l’agent secret ». Pourtant tout les professionnels du métier s’accordent à le considérer comme le plus mauvais officier de renseignement possible. Tout le monde connaît son nom, ses faiblesses (les femmes l’alcool le jeu..) et sa propension a régler tout les problèmes à coup de Walther PPK.

Le 28 mai 2008, pour le 100ème anniversaire de la naissance de FLEMING, paraissait à Londres le 36ème épisode des aventures de 007 : « DEVIL MAY CARE » écrite par Sebastian FAULKS « à la manière de Ian FLEMING » précise la couverture.


Même si on ne pas lu, On ne saurait rester indifférent &a cette couverture. La jeune personne en ombre chinoise y démontrait un vrai talent pour … attirer la lumière.

Mais quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que cette généreuse personne se nommait Tuuli SHIPSTER et surtout qu’elle était la fille d’un « diplomate anglais » .

Ce « diplomate », heureux père d'une magnifique jeune fille, est en fait Michael David SHIPSTER récent retraité du SIS (Secret Intelligence Service) ou MI6 les services de renseignements extérieurs britanniques.

Une source fiable m’affirme que c’est lui sur cette photo

Né en le 17 mars 1951 et marié à Jacquelynne MANN en 1974, il rejoint le SIS en 1977.

Après 2 ans de formation au métier d’ officier traitant et une couverture de 2eme secrétaire du FCO (Foreign and Commonwealth Office) il passe un an dans un centre de formation de l’armée aux langues étrangères à Beaconsfield. Il y étudie le russe pour son premier poste à l’étranger : Moscou.

Il y est 1er secrétaire à la section économique de l’ambassade de 1981 a 83. Il y participe probablement au traitement de la source GORDIEVSKY lors de ses rares séjours sur place. Et c’est aussi à cette époque que ses deux filles naissent (Tuuli en Finlande en 1982).

De 1983 à 1986 il est affecté à Londres probablement en tant que chef d’une section de production en relation avec les pays de l’est

De 1986 à 1989 il rejoint New Delhi ou ses objectifs sont ses collègues du KGB sur place.

De 1989 à 1990 il est chef de poste du SIS à Lusaka toujours en tant que 1er secrétaire . Il y excelle tant qu’a la fin de son séjour il est officier l'OBE (Order of the British Empire)

Puis en 1991 il rejoint Johannesburg en tant que consul chargé des affaires politiques. Il y est aussi probablement chef de la station sur place.

En 1994, en tant que conseiller FCO, il entame une période de 10 ans au QG de Century House puis Vauxhall Cross ou il est notamment Contrôleur du Moyen Orient (Chef de la Division Production du Maroc à l’Inde) puis adjoint opérationnel de Sir Richard DEARLOVE.

Un ouvrage récent de Ron SUSKIND affirme que dans le cadre de ses fonctions il aurait rencontré le chef des services irakiens -Taher Jalil HABBUSH- qu’il l’aurait tamponné (recruté) et que celui lui aurait fourni les preuves de l’absence d’armes de destruction massive dans son pays.

Ces preuves comme d’autres (déjà cités ici) auraient été impitoyablement rejetées par le gouvernement US. Notons que c'est Nigel INKSTER directeur adjoint du SIS à l'époque qui semble être une des sources de cet ouvrage, malgré ses dénégations a postériori.

En 2003 SHIPSTER est décoré du CMG pour son action dans le dossier irakien, et en 2004 il est nommé en tant que conseiller, en replacement de Ian Forbes MCCREDDIE, Chef du poste principal du SIS, à Washington.

Jusqu'à son départ de Washington et du SIS en 2006, il y assure la fameuse liaison avec les services US.

Décidément soit l’Angleterre est petite, soit le SIS est une grande famille.

dimanche 10 février 2008

Théorie et pratiques du renseignement en outre mer français.

Cabinet militaire SER et Bureaux d’études : Théorie et pratiques du renseignement en outre mer français.

En théorie…..

Crée en 1959, le cabinet militaire rattaché au services du Ministre de l’Outre Mer est un une entité particulièrement discrète. Jusqu‘a sa dissolution Par Christian ESTROSI en 2008 elle avait deux missions essentielles. D’une part la gestion et le suivi du Service Militaire Adapté (SMA) dans les DOMTOM, et d’autre part une mission de renseignement assuré par la Section d’Etudes et de Renseignement (SER) au sein de ce cabinet. Ces différents chefs sont :

67- Cne de Vaisseau Cyril HERBOUT

87 Col Jacques LANGLOIS

89 Col Henri SANDOZ

95 Col Armel LE PORT

95-98 Col puis Gal Christian VIE

98-00 Col puis Gal François BUCHWALTER (ancien chef du bureau d'études Réunion de 85 à 89)

00-06 Gal Charles FERNANDEZ

06-07 Gal Roger DUBURG

La SER était chargé de suivre au profit du Ministre des DOM, l’évolution politique économique sociale syndicale dans les DOM TOM. La SER recevait des synthèses et des notes d’informations des différents services centraux (DST, SDECE, DCRG, SM….) et les répartissait selon les besoins sur le terrain. D’autre part les bureaux d’études lui faisait remonter quotidiennement des bulletins de renseignement concernant les événements marquants dans leurs territoires. A partir de ces différents documents le chef de la SER réalisait un Bulletin de Renseignement Mensuel document classé Secret-Défense d’une soixantaine de page à diffusion très limité.

La SER pilotait et coordonnait donc les actions des bureaux d’études présents dans les territoires

On considère généralement que ces bureaux d’études étaient les représentations du SDECE puis de la DGSE dans les DOM TOM. Composés de un ou deux officiers et d’un sous officier-secrétaire, leur mission étaient de permettre aux instances responsables de l'élaboration de la politique de l'Outre-mer et à celles chargées de la mettre en œuvre, d'évaluer aux mieux la situation, en fournissant dans les meilleurs délais les informations nécessaires à la prise de décision.

Placés au sein des Cabinets des Préfets et sous sa hiérarchie directe, ils étaient chargés d'élaborer des points de situation et des synthèses sur l'actualité économique, politique et sociale du territoire. Ces synthèses s’appuyaient sur des infos reçues de Paris mais aussi des représentations locales des Services de renseignements (DDRG, Poste de Surveillance du Territoire, Détachements de la Sécurité Militaire puis Poste DPSD…).

Les chefs des bureaux d’études animaient aussi les Comités de coordination des services locaux de recherche et de sécurité, et rédigeaient le plan de recherche la bible de l'espionnage intérieur.

Enfin il semble que comme au niveau national (pour le GCR et le GIC dépendants de la DGSE) les bureaux d’études aient été responsables des centres d'écoutes téléphoniques et radioélectriques dans le ressort de leurs territoires.


Contre amiral HERBOUT

En 1967 le cabinet militaire était dirigé par le Capitaine de Vaisseau Cyril HERBOUT, la SER par le commandant Michel ANDRE assisté du Commandant MONTAGNE.

6 bureaux se répartissaient à travers le monde :

¤ Fort de France en Martinique couvrant la zone Antilles Guyane et dirigé par le Cdt LENORMAND avec l’adjudant chef FIJI comme secrétaire

¤ St Denis de la Réunion animé par le commandant CORDIER (Secrétaire : Adjudant HAMELIN) qui gardait constamment un œil sur les Seychelles et l’Ile Maurice

¤ Moroni aux Comores se projetant vers Madagascar

¤ Nouméa en Nouvelle Calédonie dont le chef, le lieutenant colonel GUYOT, était aussi compétent sur les Nouvelles Hébrides (Vanuatu depuis 1980)

¤ Papeete en Polynésie ouvert en 1964, 2 ans avant le premier essai atomique à Mururoa

¤ Djibouti avec une surveillance vers le Yémen, l’Ethiopie et la Somalie et commandé par le capitaine BERTIN et le Lt Col René CANDELIER. Ce dernier conclura sa carrière en tant que général, directeur du Renseignement au SDECE en 1979.

En 1970 le bureau Antilles Guyane du commandant DECAM laisse la place à 2 nouveaux bureaux d’études qui ouvrent à Cayenne et Pointe à Pitre. Celui est inauguré par le Capitaine Jean Pierre HEYDEL.

A l’indépendance en 1974, le bureau de Moroni est remplacé par un poste DGSE et un bureau d’études à Mayotte. En 1977 le bureau de Djibouti devient un poste DGSE.

Au début de 2007 les bureaux d’études se déclinaient ainsi :

- Bureau d'études de Guadeloupe
M. le commandant Marc (Fernand) WALLERICH infanterie, 24 ans de services

- Bureau d'études de Martinique
M. le commandant Jean-Michel PASCAL

- Bureau d'études de Guyane
M. le lieutenant-colonel Bruno MINTELLI arme blindée et cavalerie
Tel : 05 94 35 45 09

- Bureau d'études de la Réunion
M. le commandant Philippe GIANNUZZI infanterie
Secrétariat : Mme Chantal CLAIN. Tel : 0262 40 74 36

- Bureau d'études de Mayotte
M. le commandant Patrick, (Bernard) NARDIN matériel, 27 ans de services

- Bureau d'études de Polynésie française
M. le commandant Serge (André, Louis) DOUCHET train, 26 ans de services
Tél. : 46 85 72 - fax : 46 85 79

- Bureau d'études de Nouvelle-Calédonie
M. le commandant Benoît (André) LEFRANCQ, train.

…Dans la pratique.

Cette architecture apparemment tournée vers l’analyse était beaucoup plus « active ».

De l’aveu même du Secrétaire au DOM TOM en janvier 2008 « la mission de ce cabinet militaire était de faire du renseignement politique, visant les élus ou même des journalistes pour le compte du ministre. J’ai considéré que cette mission, que les renseignements généraux n’ont plus le droit d’exercer depuis plusieurs années, n’avait aucune raison d’être aujourd’hui ».

L’histoire de ces bureaux d’études et de la SER est en effet traversée par plusieurs affaires s’apparentant à des « coups tordus »

Dès sa création en 1964 le poste de Papeete chargé de coordonner les mesures de la sécurité des installations atomiques de Fangataufa et Mururoa se lance dans un renseignement tout azimuts digne de la STASI.

Les ressources financières des Eglises protestantes, les contacts étrangers des mouvements de jeunesse, les problèmes de naturalisation de la minorité chinoise, le train de vie des femmes de ménage, les projets des mouvements autonomistes tout est épluché collationné et indexé.

Chaque semaine, quelques happy few le gouverneur, le patron des sites nucléaires, le ministre de la Défense, notamment reçoivent un «bulletin de renseignements» extrêmement complet sur la vie publique et privée parfois des Polynésiens en vue, et des gens de passage.

Mais ce n'est pas tout. Le «bureau d'études» est aussi chargé de contrôler de manière très stricte l'activité des journalistes. Ainsi, en mai 1967, une équipe de la prestigieuse émission «Cinq Colonnes à la une» arrive à Papeete. Branle-bas de combat. Le «Bureau d'études» prend en main les reporters, qui interrogent plusieurs opposants aux essais. Très vite, les barbouzes s'inquiètent. Le chef du «Bureau d'études» écrit: «Les intentions du journaliste ne paraissent pas bienveillantes à l'égard de la présence française et du centre d'expérimentation nucléaire.» Conclusion: «Il serait prudent, à Paris, de censurer l'émission.» Tout simplement.****

Une part non négligeable du travail des officiers de la SER à Paris était consacrée aux contacts avec les élus ultra marins de passage à Paris. Et dans un souci de recueil de renseignement et de culture des contacts utiles il n’était pas rare que certains services leur soit rendus (des enveloppes ???).

Aux Antilles dans les années 80, les bureaux d’études sont au centre de la lutte antiterroriste. Un mouvement indépendantiste pratiquant la lutte armée est alors en plein essor en Guadeloupe et dans une moindre mesure en Martinique et en Guyane. Yves BONNET l’ancien directeur de la DST est nommé préfet de Guadeloupe en 1986 avec comme mission principale l’éradication de ce mouvement. Décrivant les organes de renseignement sur lesquelles il s’appuie dans sa tache sur place il cite notamment le Colonel BERTRAND (un pseudonyme) chef du bureau d’études à Basse Terre. Les écoutes téléphoniques sur place qui -on l’a vu- sont l’apanage de ces bureaux seront l’une des armes les plus efficaces dans cette lutte.


Dans ces même années 80-90 un autre point sensible de l’outre mer français est la Nouvelle Calédonie. Si l’on en croit cet article un peu confus il semble que Guy MASCRES le chef du Bureau d'études sur place de 1993 à 1996 (qui a fait depuis une honnête carrière) ait été chargé des négociations avec un indépendantiste emprisonné. Pour un lieutenant-colonel analyste c’est singulier !!!

Enfin en 2004 une ténébreuse affaire aux forts relents politiciens éclabousse le beureau de Basse Terre dirigé par le Commandant DE RODEZ. Des Commissions rogatoires se retrouvent on ne sait comment (enfin si, on sait) en sa possession. Le piquant de l’affaire est que le principal objectif de cette CR n’est autre que Victorin LUREL, le nouveau président socialiste du conseil régional ; Assemblée qu’il a arrachée de haute lutte à la représentante locale de l’UMP Mme MICHAUX CHEVRY. Et quand on apprend après rapide enquête que celui qui a passé ces documents juridiques (en principe confidentiels) à la préfecture n'est autre que le colonel de gendarmerie sur place on ne peut que renifler un remugle nauséabond de basse politique. Pourquoi un service d’analyse et de coordination a détenu ces documents ? Que comptait il en faire ? A ce jour ces questions restent sans réponses.

Le 9 janvier 2008 Christian ESTROSI récent Secrétaire d’Etat aux DOM TOM annonce dans Le Parisien la dissolution de toute cette structure. Dans le même temps il confirme les soupçons pesant sur ces structures, politisés, génératrice de bavures et contre productives au final. Les RG ne surveillant plus les partis politiques depuis 1995 pourquoi ces structures militaires le feraient ? Et l’on apprend alors que depuis quelques mois déjà le responsable du cabinet militaire n’assistait plus au réunion du cabinet du ministre et que son débarquement au tournant de l’année fut très bruyant.

Mais il existerait une explication plus prosaïque à cette décision.

En conclusion si l’existence de ces structures tant métropolitaines qu’ultramarines se justifiait en période de guerre froide et décolonisation, de nos il n’est plus explicable qu’une partie du territoire national soit , en matière de renseignement, géré par des fonctionnaires issus du service de contre espionnage extérieur.

Il convient enfin de noter qu’au sein de la Direction des Affaires Politiques Administratives et Financières (DATAF) du Secrétariat à l’Outre Mer une discrète Mission de la Police Nationale accueille des fonctionnaires de Police qui ont tous une expérience en DST ou en RG. Mais c’est une autre histoire…..

dimanche 13 janvier 2008

La station de la CIA à Bagdad depuis 2003 (2)

Au début de l’été 2003, si la situation militaire en Irak n’est pas encore grave, les premiers signes alarmants d’une dégradation progressive se font sentir. Les embuscades contre les militaires US se multiplient notamment à Bagdad et à Fallujah. De plus ces attaques ne sont plus seulement le fait d’éléments nationaux-baasistes irréductibles. De nombreuses infiltrations de jihadistes étrangers –notamment français, surveillés par le poste DST-DGSE à Damas- par la frontière syrienne sont en effet signalées.

C’est dans ce contexte menaçant qu’arrive Gerald J. MEYER, le remplaçant -pour un an- de Charlie SEIDEL à la tête de la Station de Bagdad.

Il rejoint son deuxième poste de chef après Koweït City ou, pendant un an, il a supervisé certaines des opérations de renseignement anti-irakiennes les plus pointues.

Les équipes de la CIA sur place ont déjà commencé le travail de renseignement pur et dès le 1er août Gerry MEYER est a même de présenter a BREMER un document récupéré dans les poubelles d’un bureau des Mukhabarats, la police politique de Saddam, instruisant ceux-ci d’organiser des opérations de sabotages d’embuscades, de snipers à travers l’Irak contre les forces de la coalition. C’est le premier signe d’un effort concerté en vue d’une rébellion.

De fait les pertes de la coalition ne cesse d’augmenter du fait de ces attaques quotidiennes.

18 jours plus tard c’est le quartier général de l’ONU à Bagdad qui est totalement détruit tuant 21 personnes dont le haut représentant de l’organisation sur place le brésilien Sergio VIEIRA DE MELLO.

En internationalisant le conflit les insurgés forcent la CIA à s’engager plus avant dans le conflit. La station passe en trois mois de 40 à 275 fonctionnaires. Des bases ouvrent aussi dans les villes de Mossoul et Bassorah. Et dans d’autres parties du pays. Des officiers sont prélevés de poste en Afrique, en Europe mais aussi de Langley pour de courts séjours a Bagdad. La plupart sans préparation physique militaire ou même connaissance de la situation sur le terrain ou de la langue.

La zone, affectée aux préfabriqués qui les abritent dans la zone verte ne pouvant être étendue, MEYER propose de les entasser (les préfabriqués) sur deux étages. Cette idée à priori logique se heurte à des impératifs de sécurité. Les structures ainsi crées serait plus hautes que les murs de sécurité de la green zone et ferait une cible de choix pour les tirs de mortiers et de RPG 7 de la rébellion (Curveball by Bob DROGIN).

Sur un plan opérationnel l’environnement se complique du fait des attentats quotidiens. Les officiers traitants de plus en plus nombreux sortent des zones protégées le moins possible. Ce qui empêchent un recueil efficace du renseignement. Quand ils sortent afin de rencontrer une source c’est sous escorte peu discrète. Et quand ils parviennent a se défaire de leur escorte ils manquent de se faire enlever comme ces deux fonctionnaires féminines de l’Iraq Survey Group qui n’échappent a leurs sort que grâce aux qualités de conductrice de la plus jeune des deux.

Cette dégradation est perçu par MEYER malgré le manque chronique de contacts extérieurs. Et dès la fin Aout 2003, à la demande des autorités politiques, il fait parvenir à Washington un rapport (qualifié par les médias de AARDWOLF) dans lequel il met en exergue trois points :

- La rébellion est de plus en plus nombreuse

- Les armes et munitions sont innombrables depuis les pillages à la chute de Saddam HUSSEIN

- Les volontaires étrangers ou djihadistes coordonnent de plus en plus leurs actions avec les baasistes irakiens

Le lundi 10 novembre 2003 -alors que l’armée américaine va connaître sa 400ème victime en opération en Irak et sa 260ème depuis le victoire déclarée par GW BUSH le 1er mai- Gerry MEYER fait parvenir un deuxième AARDWOLF ou après avoir répété son constat d’aout il met clairement en accusation la politique de son gouvernement et se prononce pour un retrait des troupes devant une situation qu’ il qualifie d’inextricable.

La teneur de ce rapport fuite dans la presse dès le 12, notamment sur CNN.

La fuite, combinée aux idées développées par MEYER (qui vont à l’encontre de celles prônées par la clan CHENEY-RUMSFELD) et à des problèmes personnels –probablement un divorce- entraine son rappel dès début décembre 2003. Il quitte la CIA peu après.

Ironiquement le 6 décembre BREMER le pro consul américain en Irak échappe à un attentat à la bombe contre son convoi. L’attaque ne sera confirmé que 2 semaines plus tard par le CPA.

Quelques semaines après, le troisième chef de station de la CIA arrive à Bagdad. Il s’agit -selon une source unique- de Robert CARDENA un officier d’une quarantaine d’années qui « a gravi les échelons comme une étoile filante » notamment grâce a sa capacité de recrutement lors des opérations de la CIA au Kosovo. Il y a croisé Lindsay MORAN.

Sous sa direction la station va compter jusqu'à 600 fonctionnaires, soit la moitié des officiers traitants en poste à l’extérieur. A l’image de leur chef peu d’entre eux sont arabisants ou même des spécialistes de la région.

Durant son séjour ce ne sont pas moins de 6 AARDWOLVES (1 tout les 2 mois) que CARDENA fera parvenir a sa hiérarchie. Tous plus alarmistes que les autres. La CIA doit en effet faire face a plusieurs crises simultanées.

- Crise interne avec les changements à sa tête

- Crise politique avec la défiance et l’hostilité croissante de l’administration BUSH envers elle

- Etat de guerre larvée entre les USA et l’Iran se traduisant par le développement d’une insurrection chiite et la multiplication d’incidents avec les « diplomates » iraniens en Irak

- Crise systémique avec des échecs retentissants comme le cas CHALABI

En quittant son poste en décembre 2004, Robert CARDENA est ré-affecté au sein de la Directions des Opérations mais selon certaines sources journalistiques, à son retour, il aurait été traité comme un paria a l’intérieur de l’organisation.

De source unique il aurait été remplacé par l’ancien chef de station a Kaboul un analyste arabisant dont le surnom est Phil.


mardi 20 novembre 2007

La station de la CIA à Bagdad depuis 2003


Le 9 avril 2003 avec la chute du régime de Saddam s’installe à Bagdad une force d’occupation. Dans ses bagages arrive dès le 21 le CPA (administration militaire provisoire) –dirigé par

le Général à la retraite Jay M. GARNER- et, pour la première fois depuis 1990, son corolaire en termes de renseignement : une implantation permanente de la CIA, une station.



A la tête de cette station est nommé Charlie SEIDEL, le fils de John J.SEIDEL (vétéran des opérations de la CIA dans la région qui a notamment été chef à Beyrouth et à Paris au début des années 80).

Parlant couramment l’arabe puisque baignant dès sa naissance dans la culture, Charlie est un officier expérimenté qui a notamment été en poste à Bahreïn au milieu des années 80, à Bagdad –déjà- juste avant la 1ère guerre du Golfe, puis chef de station au Caire au début des années 2000.

Cette connaissance profonde du monde arabe et de l’Irak le propulse en 2002 responsable des opérations de renseignements et de sabotage contre l’Irak. Il est alors basé à Bahreïn et coordonne ses actions avec le CENTCOM avant et pendant l’invasion.

C est sous sa supervision que Tom S. -un ex béret vert d’une quarantaine d’années chef de la base avancé de la CIA à Suleymanieh dans le Kurdisatn irakien- recrute puis actionne le réseau DBROCKSTARS.Composé de 87 irakiens qui ont été équipés de téléphone satellite thuraya

pour maintenir une voie de communication, ce réseau connaitra un relatif succès lors de l’invasion en désignant en quasi temps réel les cibles de bombardement à l’aviation de la coalition.


La station de la CIA s’installe dans l’enceinte ultra sécurisée de l’aéroport de Bagdad. Certains bureaux dont celui du CoS sont par ailleurs situés au sein du bâtiment de la CPA à l’intérieur de la « zone verte ». Les autorités américaines prévoyant une guerre et une opération rapide la station n’est composée que d’une quarantaine de fonctionnaires qui ont participé aux opérations précédant les hostilités. Ce sont donc en général des opérationnels et des analystes arabistes spécialisés dans les problématiques régionales.

Les objectifs de SEIDEL sont clairs :

1- Mettre fin au chaos naissant en repérant les futurs responsables politiques irakiens

2-Capturer les anciens gouvernants et ainsi empêcher un soulèvement baasiste

3- Apporter son aide à l’Iraq Survey Group créé en Mai dirigé et par David KAY pour faire toute la lumière sur les différents programmes d’arme de destruction massive irakiens

4- Assurer le volet renseignement de l’Autorité provisoire de la coalition en Irak (CPA)

C’est d’ailleurs le 11 mai 2003 que, sur proposition insistante de Donald RUMSFELD et Dick CHENEY, le président BUSH nomme L. Paul BREMER à la tête de cette autorité.


BREMER arrive avec une lettre de mission particulièrement claire ; et la met en pratique dès les 16 et 23 mai avec les deux premiers ordres concernant la « dé-baasification » de la société et la dissolution de l’armée irakienne.

Ces ordres apparemment dictés par la frange néo-conservatrice au sein du département de la défense sont signés sans que le CoS ne soit consulté.

Dès leurs parutions SEIDEL, et GARNER -qui est encore sur place- ont beau protester dans le bureau de BREMER en arguant que ces militaires sans emploi vont être les meilleurs fantassins de la rébellion, celui-ci reste ferme en évoquant des ordres directs du Secrétaire à la défense.

En se passant ainsi de l’avis de la CIA sur ce sujet BREMER et le Pentagone invalident le quatrième objectif fixé à la station de la CIA

Charlie SEIDEL –comme il l’avait d’ailleurs toujours prévu- quitte Bagdad après 2 mois et est nommé chef de la plus importante station de la CIA dans la région, à l’époque : Amman.


A SUIVRE : AARDWOLVES et Cie