mardi 18 novembre 2008

OBAMA et le renseignement américain.

L’élection forcément historique de Barack OBAMA à la présidence de la république des USA le 4 novembre dernier va entrainer des changements de personnels au sein de toute l’administration américaine.

Il semble bien que ces changements affectent en priorité les dirigeants des services de renseignements tels que le Directeur National du Renseignement (DNI) John M. McCONNELL et le directeur de la CIA Michael V.HAYDEN .


Nommé à leurs postes par le Président BUSH, ces deux hiérarques ont le handicap supplémentaire d’avoir supervisé les affaires de torture de prisonniers jihadistes à Guantanamo mais aussi en Thaïlande, en Egypte et peut être en Pologne. Le président élu s’étant constamment opposé a ces pratiques on peut parier qu’il n’aura aucune difficultés a les remplacer.


Les spéculations dans les cercles du renseignement donne comme favori pour ces deux postes un ancien officier de la CIA parti dans le privé.

Né le 22 septembre 1955, John O. BRENNAN est entré à la CIA en 1980 en tant qu’officier traitant, après une année d’études à l’Université Américaine du Caire. Parlant couramment arabe, il est affecté, en 1981, à l’ambassade de Djeddah sous couverture de la section politique.

A son retour à Langley en 1984 il quitte la DO (Directorate of Operations) et commence une carrière météoritique dans l’analyse des mouvements terroristes moyen orientaux au sein de la DI (Directorate of Intelligence). Cette carrière le mène tour a tour à la tête de l’analyse du CTC (Centre Anti terroriste) puis responsable du briefing présidentiel de Bill CLINTON de 1994 à 1995, et enfin assistant du futur directeur de la CIA George TENET pendant un an.

Jusqu'à 1999 il est affecté à Riyad en tant que chef de station ou selon certains anciens officiers il n’auraient pas donné la pleine mesure de ses possibilités dans la traque de celui qui fera parler de lui quelque années plus tard : Oussama BEN LADEN. Pourtant George TENET dans ses mémoires affirme que BRENNAN, lors d’une rencontre à haute tension, aurait mis en fuite le responsable de la station des services iraniens en Arabie Saoudite.

C’est sans doute pour cela qu’il en fait son chef d’Etat major jusqu’en 2001 puis Directeur exécutif adjoint –N°4 de la CIA- jusqu’en 2003.

Il est ensuite successivement chef de l’éphémère TTIC puis premier directeur du NCTC jusqu’en 2005. On le retrouve en tant que conseiller du candidat Barack OBAMA pour la sécurité nationale. en mars 2008.

Son éventuel confirmation par le sénat risque d’être compliqué par son attitude laxiste en Arabie Saoudite de 96 à 99 mais aussi par le fait que de 2003 à 2005 en tant que responsable de la lutte anti terroriste il n’a pas pu ignorer les graves atteintes aux droits commises dans ce cadre. Même si dès sa démission il s’en est démarqué il a été un de ces concepteurs.

Enfin sa carrière fulgurante lié a des "parrains" politiques CLINTON, TENET et Anthony LAKE


pourrraient ne pas plaire a certains anciens de la DO voire au directeur adjoint de la CIA Stephen KAPPES.

dimanche 26 octobre 2008

QUELQUES PRECISIONS SUR LA REPRESENTATION DU SIS A WASHINGTON.

Un article récemment publié sur son blog -par ailleurs fort intéressant- par un apprenti historien comme moi, m’amène a formuler ici quelques précisions et corrections qu’il serait trop long et fastidieux de placer dans ses commentaires.

Je constaterait en préambule que les services anglais ont toujours eu a cœur de placer à Washington des officiers spécialisées dans des domaines intéressant leurs alliés américains au moment de cette nomination. Il en va ainsi de PHILBY, spécialiste des arcanes du contre espionnage lors de la création de la CIA.



Ses liens d’amitié avec le jeune ANGLETON futur chef du contre espionnage de la CIA en est le plus marquant exemple. On citera aussi John Debenham TAYLOR spécialiste de l’Asie nommé a Washington au plus fort de la guerre du Vietnam ou George WEBB a son retour de Téhéran en 80 au moment de la crise des otages américains en Iran. Que dire enfin de la nomination de SHIPSTER pendant la guerre en Irak, juste après avoir été contrôleur du Moyen Orient à Vauxhall Cross.


Voici selon mes recherches les représentants du SIS a Washington de 1945 à 2007. Je fais le choix, pour des raisons de sécurité évidentes, de ne pas donner l’identité de la personne nommé a ce poste en 2007.


45-49- Peter M DWYER

Etudiant à Oxford qui rejoint le SIS en 1938, il passe un an à Paris qu’il quitte à la défaite. Il est nommé chef à Panama puis responsable des affaires latino-américaines du British Security Coordination . C’est grâce à son travail après guerre en tant que représentant du SIS et du MI5 que l’espion atomique Klaus FUCHS est soupçonné et finalement arrété.


49-51- Kim PHILBY

Est il encore utile de présenter cet archétype de la traitrise ?


51-53- John Bruce LOCKHART

Contrôleur Moyen Orient de 1959 à 1963 puis Contrôleur Afrique de 1963 à 64 il est l’un des directeurs adjoints du service quand il le quitte en décembre 1965 suite à une réorganisation voulue par Dick WHITE et inspiré par le déja puissant et ambitieux Maurice OLDFIELD.


53-56- Leslie MITCHELL

Responsable d’opérations spéciales notamment en Scandinavie pendant la guerre


56-58- Maclachlan Alan Carl “MAC” SILVERWOOD-COPE

Il fut 2ème secrétaire commercial à l’ambassade de Stockholm en 1945 puis 1er secrétaire et chef de poste à Tokyo de 1953 à 1956. Il poursuivra ensuite une brillante carrière en tant que chef à Copenhague puis Buenos Aires.


58-60- John BRIANCE

Un ancien de la police anglaise en Palestine ou il luttait contre les activistes juifs, il est en poste en 1953 à Téhéran lors l’opération contre MOSSADEGH. Après Washington il sera chef de poste à Singapour.


60-64- Maurice OLDFIELD

Notamment contrôleur Asie de 1958 à 1959 il deviendra chef du MI6 en 1973 après avoir « éliminé » plusieurs adversaires au sein du service notamment LOCKHART en 65 ou PHILPOTTS en 70.


64-66- Christopher PHILPOTTS

Il fut chef à Athènes de 1953 à 1957 puis à Paris de 1957 à 62 il terminera sa carrière en 1970 comme chef du contre espionnage à Century House.


66-69- John B. DA SILVA

Chef de station à Bahrein de 1960 à 63 puis à Aden au Yemen de 63 à 66.


69-71- John Debenham TAYLOR


Cet officier très discret, ancien agent du SOE durant la 2nde guerre mondiale, est succesivement en poste en allemagne de 1947 a 50, en Thailande de 50 a 52 puis à Hanoi de 52 a 53. Il est de nouveau à Bangkok de 54 à 56 puis à Singapour de 1958 à 1960 ou il croise Maurice OLDFIELD cité plus haut. Il est chef de station à Kuala Lumpur de 1964 à 1966 puis controleur de la division Asie de 1966 à 1969.
A son départ de Washington il sera est nommé chef de la station de Paris toujours sous la couverture de conseiller d'ambassade.


71-72- John Halkett BADDELEY

Même si ses précédents postes peuvent laisser supposer une spécialisation asiatique il est intéressant de noter qu’alors qu’il est en vacances en Grèce en aout 1968 il est rappelé à Century House du fait des événements de Prague. Cela tendrait à prouver une forte implication dans les affaires est-européennes et/ou soviétiques.

C’est le premier représentant du SIS à Washington qui disparait en poste. En effet en 1972 à 52 ans il décède d’un cancer.


72-74- Alexander WALKER

C'est un spécialiste du recrutement de soviétiques qui est rappelé en urgence, en 1973, de Rome -centre anti soviétique pour le SIS depuis les années 50- pour remplacer BADDELEY.


74-77- Guy Maurice BRATT

Né le 4.4.1920; Après des études à la London University il est affecté au Royal Signals en tant que major pendant la seconde Guerre mondiale. Il rejoint le SIS en 1952. Il est posté a Berlin de 1952 à 1954 puis à Bruxelles jusqu'en 1958 sous la couverture de 2ème secrétaire. De 1962 à 1966i l est 1er secrétaire chargé des visa à Vienne et probablement chef de station. De 1970 a 1972 il est à Genève toujours en tant que chef de station puis de 1974 à 1977 à Washington en tant que conseiller et donc représentant du service aux USA. Il quitte le service en 1985 en tant que chef de division.


77-80- John H.R COLVIN


80-82- George H. WEBB (Représenté ici dans un costume traditionnel du Ghana ou il fut en poste de 1969 a 1973)

Chef de Poste à Téhéran de 79 à 80 puis directeur du Personnel et de l’administration de 82 à sa retraite en 1985


82-86- Anthony Charles Mayle DE VERE

Né le 23 janvier 1930 il rejoint le MI6 en 1963 après 11 ans dans l'administration coloniale en Afrique de l'Est. Il sera 1er secrétaire à Lusaka en Zambie de 67 à 70 puis à New York de 1972 à 74. Il devient Chef de division -impossible de savoir laquelle à ce stade- a la fin des années 70 puis est nommé en 1982 à Washington. Il est décédé le 17 septembre 2008.


86-88- Duncan STUART

Conseiller d'ambassade -et donc chef de station- à Bonn de 80 à 83 il deviendra de 1996 à 2002 conseiller du ministre des affaires étrangères pour les archives du SOE. Il remplace a ce poste une autre légende du SIS, Gervase COWELL.


88-91- John CLIBBORN


91-93- Richard DEARLOVE

Après trois années en tant que chef de poste à Genève de 87 à 90 et avant de devenir directeur des opérations de 94 à 99 puis chef du Service ce passage à Washington était obligé dans son CV.


93-95- Retour de John CLIBBORN


95-98- Robert FULTON

Contrôleur Europe de l’Est de 93 a sa nomination à Washington.


98-04- Ian Forbes McCREDIE


04-07- Michael SHIPSTER

lundi 25 août 2008

ORGANIGRAMME DU MOSSAD : Structures du Mossad en 2008



Crée formellement en 1951, l’Institut pour le renseignement et les affaires spéciales (ha-Mossad le-Modiin ule-Tafkidim Meyuhadim המוסד למודיעין ולתפקידים מיוחדים) ou MOSSAD est l’organe d’action et de renseignement extérieur le plus célèbre d’Israël.

Outre ses fonctions de renseignement et de contre espionnage extérieur, de lutte anti terroristes voire d’actions spéciales (cambriolages, sabotages, assassinats..), le MOSSAD est aussi chargé de faciliter l’émigration (aliyah) des communautés juives persécutés. Il a notamment réussi des opérations de ce type au Yémen dans les années 60 et en Ethiopie durant les années 80.

Le Directeur du MOSSAD est nommé par le Premier Ministre après avis des président de commission de la défense et des Affaires Etrangères de la Knesset.

Ce directeur est assisté d’un adjoint qui, depuis 1995, assume aussi la fonction de chef du Directorat des Opérations.


DIRECTEURS-ADJOINTS DU MOSSAD

Isser HAREL1952-1953

Izzi DOROT1953-1963

Yaakov CAROZ 1964-

David KIMCHE 1976-1980

Nahum ADMONI 1980-1982

Shmuel GOREN 1982-1984

Menahem “Nahik” NAVOT1984-1986

Shabtai SHAVIT 1987-1989

Ephraïm HALEVY 1990-1995

Aliza MAGEN 1995-1998

Amiram LEVINE 1998-2000

Ilan MIZRAHI 2000-2003

Tamir FREDO 2003-2005

Natalin GRANOT 2005-2007

Tamir FREDO 2007-

Le N°3 du service étant le chef du Directorat de Soutien

Directorat des Opérations

Chapeauté par le directeur adjoint du Mossad , ce directorat est composé des divisions suivantes :


+TSOMET : Crée en 1955 cette division est chargé du recrutement et du traitement des sources humaines à l’étranger. Ce travail s’effectue par l’intermédiaire de ses représentations (stations) au sein de certaines ambassades israéliennes.

Chefs connus :

David KIMCHE dans les années 70

Benny ZEEVI -FARKASH dans les années 80

Rehaviah VARDI dans les années 80

Avi DAGAN de 1993 à 1996

Ilan MIZRAHI de 1997 à 1999

Natalin GRANOT de 2002 à 2005

+ TEVEL : (Anciennement KAISARUT) Liaisons extérieures et diplomatie non officielle. Cette division créée en 1958 est chargé d’entretenir et de fortifier des relations avec des pays qui ne reconnaissent pas l’Etat d’Israël (Maroc, Pays du Golfe…), mais aussi d’effectuer la liaison avec les services alliés (France, USA, Grande Bretagne…). Comme dans les services anglais ou allemands, le poste d’officier de liaison TEVEL au sein de l’ambassade de Washington est un des plus importants du service.

Chefs connus :

David KIMCHE de 1976 à 1980


Menahem "Nahik" NAVOT de 1980 à 1981


Nahum ADMONI jusqu'a 1982

Ephraïm HALEVY de 1985 à 1990

Yitzhak BARZILAY dans les années 90

Yoram HESSEL de 1999 à 2003

+ KESARIA (Anciennement KOMEMIUTE puis METSADA): C’est la direction des opérations spéciales. Elle est chargé notamment des opérations d’élimination physique des ennemis d’Israël au travers de sa branche KIDON.

Chefs connus :

Mike HARARI années 70

Aharon SHAHAR en 1984

Hagai HADAS à la fin des années 90


+ NEVIOT (Anciennement KESHET) : C’est la division chargé des opérations de surveillance technique (Photographie, Ecoutes et cambriolages) La branche la plus célèbre de cette division est la chargée de faire « parler les objets ». Ce sont des officiers de cette division qui ont été arrêtés en 1998 par la Police suisse alors qu’ils tentaient de poser une écoute sur la ligne d’un soutien présumé du Hezbollah

Chefs connus :

Yitzhak BARZILAY jusqu‘a 1998

Tamir FREDO de 2000 à 2003


+ DIRECTION DU RENSEIGNEMENT : Créée en 1974 elle est chargée de l’analyse des renseignements recueillis par les divisions précédemment citées. Ces études sont destinées aux services du Premier Ministre et dans une moindre mesure à certains membres de la Knesset dans leurs processus de décision.

Chefs connus :

Uzi ARAD

Uri NEEMAN

Uri CHEN

Brig Gen Amnon SOFRIN de 2003 à 2008

+BITZUR (Aide à l'émigration des communautés juives menacées) C'est la spécificité du MOSSAD dans la communauté du renseignement mondiale. Cette section a notamment été en pointe dans l'émigration des communautés juives en Irak dans les années 50 et au Yémen dans les années 60. Son plus grand succès se déroula en Ethiopie avec les sauvetage de 20.000 falachas.

Chefs connus :



Ephraïm HALEVY (80-85)

LE DIRECTORAT DE SOUTIEN


Ce directorat est –avec celui des opérations- la deuxième branche de l’Institut. Depuis 2003 son responsable en tant que chef d’Etat Major est le n°3 du MOSSAD.

Ces prérogatives couvrent toutes les fonctions non opérationnelles du service la technologie, les ressources humaines, l’administration, l’entrainement ainsi que la sécurité intérieure.

Paradoxalement il existe moins d’informations disponibles sur cette partie du MOSSAD.


RESPONSABLES CONNUS :

Jusqu'à 1980 Menahem « Nahik » NAVOT (directeur de l’administration)


- SERVICE R&D

On peut estimer que -dans le contexte international depuis 15 ans- ce service détient une grande expertise technique dans les domaines nucléaires chimiques et bactériologiques.

Très probablement chargé de la production ou de l’achats des différents gadgets nécessaires à l’accomplissement des missions spéciales du service il a certainement créé et produit le poisson utilisé par l’unité Action du MOSSAD contre Khaled MESHAAL à Amman en 98.

RESPONSABLES CONNUS :

Années 80 : Colonel (res.) Elie GAMZON qui fut ensuite directeur d’une société de production de drones


- RESSOURCES HUMAINES

Dans toute organisation humaine –sociétés ou administration- celui ou celle qui contrôle le service du personnel et donc la gestion des carrières détient un pouvoir important. D’Yves BERTRAND au sein des RG à Richard DEARLOVE au MI6 il peut même être la dernière marche avant le poste suprême.

Cette division est aussi responsable de l’Ecole de formation du MOSSAD.

RESPONSABLES CONNUS :

89-95- Aliza MAGEN


- SECURITE INTERNE

Cette cellule est la plus secrète du service et je dois à la vérité de dire que je n’ai aucune information FIABLE a son sujet.


LES STRUCTURES EXTERIEURES

A l’instar des organismes de renseignement extérieur à vocation mondiale, comme la CIA le SVR la DGSE ou le SIS, le MOSSAD dispose de représentations extérieures de ses services.

Pour faciliter la compréhension nous emploierons ici le terme générique de station.

Il semble bien que, dans les grandes capitales en tout cas, il existent deux structures du MOSSAD distinctes l’une de l’autre :


- Une station du TEVEL chargé des relations avec les services locaux de sécurité et de contre espionnage mais aussi des relations avec les forces politiques et économiques. Cette station est généralement installé au sein des ambassades et dirigé par un officier ayant pour couverture les grades de 1er secrétaire ou de conseiller.


Il semble que le MOSSAD dispose de ce type de stations dans les capitales suivantes : WASHINGTON, NEW YORK, LONDRES, ROME, MILAN, BERLIN, BERNE, PARIS, MARSEILLE, ANKARA, LE CAIRE, AMMAN, NAIROBI, SINGAPOUR, PEKIN.


Selon mes recherches les stations TEVEL de Washington et de paris ont été dirigés par les officiers suivants :


TEVEL PARIS

55-60- Yaacov CAROZ

60-62- Naftali KENAN

62-64- Yaacov CAROZ

64-65- Zvi AHARONI

65-67- Naftali KENAN

67-71- Nahum ADMONI

71- Yosef Paul KEDAR

77-79-Ephraim HALEVY

79-82- Arie SIVAN

82-84 – David ARBEL

84- Moshe TAL

87- Uzi ARAD



TEVEL WASHINGTON

71-73- Nahum ADMONI

73-77-Ephraim HALEVY

84-Zave ALAN

86- David ARBEL

89-93- Uri CHEN

93-97- Yoram HESSEL

97-00- Arie REGEV


- Une station du TZOMET complète ce dispositif à l’étranger. Cette structure est par définition bien plus discrète que celle du TEVEL. Il semble même que dans certains cas elle soit installée hors des locaux des ambassades et donc sans la protection de l‘immunité diplomatique.


dimanche 24 août 2008

LE S.I.S. : UNE GRANDE FAMILLE

Quand il est question de services secrets et de renseignement, le grand public a tendance a y associer en priorité James BOND le . Ce personnage de fiction crée en 1953 par Ian FLEMING lui-même ancien officier de renseignement britannique est en effet l’archétype de « l’agent secret ». Pourtant tout les professionnels du métier s’accordent à le considérer comme le plus mauvais officier de renseignement possible. Tout le monde connaît son nom, ses faiblesses (les femmes l’alcool le jeu..) et sa propension a régler tout les problèmes à coup de Walther PPK.

Le 28 mai 2008, pour le 100ème anniversaire de la naissance de FLEMING, paraissait à Londres le 36ème épisode des aventures de 007 : « DEVIL MAY CARE » écrite par Sebastian FAULKS « à la manière de Ian FLEMING » précise la couverture.


Même si on ne pas lu, On ne saurait rester indifférent &a cette couverture. La jeune personne en ombre chinoise y démontrait un vrai talent pour … attirer la lumière.

Mais quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que cette généreuse personne se nommait Tuuli SHIPSTER et surtout qu’elle était la fille d’un « diplomate anglais » .

Ce « diplomate », heureux père d'une magnifique jeune fille, est en fait Michael David SHIPSTER récent retraité du SIS (Secret Intelligence Service) ou MI6 les services de renseignements extérieurs britanniques.

Une source fiable m’affirme que c’est lui sur cette photo

Né en le 17 mars 1951 et marié à Jacquelynne MANN en 1974, il rejoint le SIS en 1977.

Après 2 ans de formation au métier d’ officier traitant et une couverture de 2eme secrétaire du FCO (Foreign and Commonwealth Office) il passe un an dans un centre de formation de l’armée aux langues étrangères à Beaconsfield. Il y étudie le russe pour son premier poste à l’étranger : Moscou.

Il y est 1er secrétaire à la section économique de l’ambassade de 1981 a 83. Il y participe probablement au traitement de la source GORDIEVSKY lors de ses rares séjours sur place. Et c’est aussi à cette époque que ses deux filles naissent (Tuuli en Finlande en 1982).

De 1983 à 1986 il est affecté à Londres probablement en tant que chef d’une section de production en relation avec les pays de l’est

De 1986 à 1989 il rejoint New Delhi ou ses objectifs sont ses collègues du KGB sur place.

De 1989 à 1990 il est chef de poste du SIS à Lusaka toujours en tant que 1er secrétaire . Il y excelle tant qu’a la fin de son séjour il est officier l'OBE (Order of the British Empire)

Puis en 1991 il rejoint Johannesburg en tant que consul chargé des affaires politiques. Il y est aussi probablement chef de la station sur place.

En 1994, en tant que conseiller FCO, il entame une période de 10 ans au QG de Century House puis Vauxhall Cross ou il est notamment Contrôleur du Moyen Orient (Chef de la Division Production du Maroc à l’Inde) puis adjoint opérationnel de Sir Richard DEARLOVE.

Un ouvrage récent de Ron SUSKIND affirme que dans le cadre de ses fonctions il aurait rencontré le chef des services irakiens -Taher Jalil HABBUSH- qu’il l’aurait tamponné (recruté) et que celui lui aurait fourni les preuves de l’absence d’armes de destruction massive dans son pays.

Ces preuves comme d’autres (déjà cités ici) auraient été impitoyablement rejetées par le gouvernement US. Notons que c'est Nigel INKSTER directeur adjoint du SIS à l'époque qui semble être une des sources de cet ouvrage, malgré ses dénégations a postériori.

En 2003 SHIPSTER est décoré du CMG pour son action dans le dossier irakien, et en 2004 il est nommé en tant que conseiller, en replacement de Ian Forbes MCCREDDIE, Chef du poste principal du SIS, à Washington.

Jusqu'à son départ de Washington et du SIS en 2006, il y assure la fameuse liaison avec les services US.

Décidément soit l’Angleterre est petite, soit le SIS est une grande famille.

dimanche 10 février 2008

Théorie et pratiques du renseignement en outre mer français.

Cabinet militaire SER et Bureaux d’études : Théorie et pratiques du renseignement en outre mer français.

En théorie…..

Crée en 1959, le cabinet militaire rattaché au services du Ministre de l’Outre Mer est un une entité particulièrement discrète. Jusqu‘a sa dissolution Par Christian ESTROSI en 2008 elle avait deux missions essentielles. D’une part la gestion et le suivi du Service Militaire Adapté (SMA) dans les DOMTOM, et d’autre part une mission de renseignement assuré par la Section d’Etudes et de Renseignement (SER) au sein de ce cabinet. Ces différents chefs sont :

67- Cne de Vaisseau Cyril HERBOUT

87 Col Jacques LANGLOIS

89 Col Henri SANDOZ

95 Col Armel LE PORT

95-98 Col puis Gal Christian VIE

98-00 Col puis Gal François BUCHWALTER (ancien chef du bureau d'études Réunion de 85 à 89)

00-06 Gal Charles FERNANDEZ

06-07 Gal Roger DUBURG

La SER était chargé de suivre au profit du Ministre des DOM, l’évolution politique économique sociale syndicale dans les DOM TOM. La SER recevait des synthèses et des notes d’informations des différents services centraux (DST, SDECE, DCRG, SM….) et les répartissait selon les besoins sur le terrain. D’autre part les bureaux d’études lui faisait remonter quotidiennement des bulletins de renseignement concernant les événements marquants dans leurs territoires. A partir de ces différents documents le chef de la SER réalisait un Bulletin de Renseignement Mensuel document classé Secret-Défense d’une soixantaine de page à diffusion très limité.

La SER pilotait et coordonnait donc les actions des bureaux d’études présents dans les territoires

On considère généralement que ces bureaux d’études étaient les représentations du SDECE puis de la DGSE dans les DOM TOM. Composés de un ou deux officiers et d’un sous officier-secrétaire, leur mission étaient de permettre aux instances responsables de l'élaboration de la politique de l'Outre-mer et à celles chargées de la mettre en œuvre, d'évaluer aux mieux la situation, en fournissant dans les meilleurs délais les informations nécessaires à la prise de décision.

Placés au sein des Cabinets des Préfets et sous sa hiérarchie directe, ils étaient chargés d'élaborer des points de situation et des synthèses sur l'actualité économique, politique et sociale du territoire. Ces synthèses s’appuyaient sur des infos reçues de Paris mais aussi des représentations locales des Services de renseignements (DDRG, Poste de Surveillance du Territoire, Détachements de la Sécurité Militaire puis Poste DPSD…).

Les chefs des bureaux d’études animaient aussi les Comités de coordination des services locaux de recherche et de sécurité, et rédigeaient le plan de recherche la bible de l'espionnage intérieur.

Enfin il semble que comme au niveau national (pour le GCR et le GIC dépendants de la DGSE) les bureaux d’études aient été responsables des centres d'écoutes téléphoniques et radioélectriques dans le ressort de leurs territoires.


Contre amiral HERBOUT

En 1967 le cabinet militaire était dirigé par le Capitaine de Vaisseau Cyril HERBOUT, la SER par le commandant Michel ANDRE assisté du Commandant MONTAGNE.

6 bureaux se répartissaient à travers le monde :

¤ Fort de France en Martinique couvrant la zone Antilles Guyane et dirigé par le Cdt LENORMAND avec l’adjudant chef FIJI comme secrétaire

¤ St Denis de la Réunion animé par le commandant CORDIER (Secrétaire : Adjudant HAMELIN) qui gardait constamment un œil sur les Seychelles et l’Ile Maurice

¤ Moroni aux Comores se projetant vers Madagascar

¤ Nouméa en Nouvelle Calédonie dont le chef, le lieutenant colonel GUYOT, était aussi compétent sur les Nouvelles Hébrides (Vanuatu depuis 1980)

¤ Papeete en Polynésie ouvert en 1964, 2 ans avant le premier essai atomique à Mururoa

¤ Djibouti avec une surveillance vers le Yémen, l’Ethiopie et la Somalie et commandé par le capitaine BERTIN et le Lt Col René CANDELIER. Ce dernier conclura sa carrière en tant que général, directeur du Renseignement au SDECE en 1979.

En 1970 le bureau Antilles Guyane du commandant DECAM laisse la place à 2 nouveaux bureaux d’études qui ouvrent à Cayenne et Pointe à Pitre. Celui est inauguré par le Capitaine Jean Pierre HEYDEL.

A l’indépendance en 1974, le bureau de Moroni est remplacé par un poste DGSE et un bureau d’études à Mayotte. En 1977 le bureau de Djibouti devient un poste DGSE.

Au début de 2007 les bureaux d’études se déclinaient ainsi :

- Bureau d'études de Guadeloupe
M. le commandant Marc (Fernand) WALLERICH infanterie, 24 ans de services

- Bureau d'études de Martinique
M. le commandant Jean-Michel PASCAL

- Bureau d'études de Guyane
M. le lieutenant-colonel Bruno MINTELLI arme blindée et cavalerie
Tel : 05 94 35 45 09

- Bureau d'études de la Réunion
M. le commandant Philippe GIANNUZZI infanterie
Secrétariat : Mme Chantal CLAIN. Tel : 0262 40 74 36

- Bureau d'études de Mayotte
M. le commandant Patrick, (Bernard) NARDIN matériel, 27 ans de services

- Bureau d'études de Polynésie française
M. le commandant Serge (André, Louis) DOUCHET train, 26 ans de services
Tél. : 46 85 72 - fax : 46 85 79

- Bureau d'études de Nouvelle-Calédonie
M. le commandant Benoît (André) LEFRANCQ, train.

…Dans la pratique.

Cette architecture apparemment tournée vers l’analyse était beaucoup plus « active ».

De l’aveu même du Secrétaire au DOM TOM en janvier 2008 « la mission de ce cabinet militaire était de faire du renseignement politique, visant les élus ou même des journalistes pour le compte du ministre. J’ai considéré que cette mission, que les renseignements généraux n’ont plus le droit d’exercer depuis plusieurs années, n’avait aucune raison d’être aujourd’hui ».

L’histoire de ces bureaux d’études et de la SER est en effet traversée par plusieurs affaires s’apparentant à des « coups tordus »

Dès sa création en 1964 le poste de Papeete chargé de coordonner les mesures de la sécurité des installations atomiques de Fangataufa et Mururoa se lance dans un renseignement tout azimuts digne de la STASI.

Les ressources financières des Eglises protestantes, les contacts étrangers des mouvements de jeunesse, les problèmes de naturalisation de la minorité chinoise, le train de vie des femmes de ménage, les projets des mouvements autonomistes tout est épluché collationné et indexé.

Chaque semaine, quelques happy few le gouverneur, le patron des sites nucléaires, le ministre de la Défense, notamment reçoivent un «bulletin de renseignements» extrêmement complet sur la vie publique et privée parfois des Polynésiens en vue, et des gens de passage.

Mais ce n'est pas tout. Le «bureau d'études» est aussi chargé de contrôler de manière très stricte l'activité des journalistes. Ainsi, en mai 1967, une équipe de la prestigieuse émission «Cinq Colonnes à la une» arrive à Papeete. Branle-bas de combat. Le «Bureau d'études» prend en main les reporters, qui interrogent plusieurs opposants aux essais. Très vite, les barbouzes s'inquiètent. Le chef du «Bureau d'études» écrit: «Les intentions du journaliste ne paraissent pas bienveillantes à l'égard de la présence française et du centre d'expérimentation nucléaire.» Conclusion: «Il serait prudent, à Paris, de censurer l'émission.» Tout simplement.****

Une part non négligeable du travail des officiers de la SER à Paris était consacrée aux contacts avec les élus ultra marins de passage à Paris. Et dans un souci de recueil de renseignement et de culture des contacts utiles il n’était pas rare que certains services leur soit rendus (des enveloppes ???).

Aux Antilles dans les années 80, les bureaux d’études sont au centre de la lutte antiterroriste. Un mouvement indépendantiste pratiquant la lutte armée est alors en plein essor en Guadeloupe et dans une moindre mesure en Martinique et en Guyane. Yves BONNET l’ancien directeur de la DST est nommé préfet de Guadeloupe en 1986 avec comme mission principale l’éradication de ce mouvement. Décrivant les organes de renseignement sur lesquelles il s’appuie dans sa tache sur place il cite notamment le Colonel BERTRAND (un pseudonyme) chef du bureau d’études à Basse Terre. Les écoutes téléphoniques sur place qui -on l’a vu- sont l’apanage de ces bureaux seront l’une des armes les plus efficaces dans cette lutte.


Dans ces même années 80-90 un autre point sensible de l’outre mer français est la Nouvelle Calédonie. Si l’on en croit cet article un peu confus il semble que Guy MASCRES le chef du Bureau d'études sur place de 1993 à 1996 (qui a fait depuis une honnête carrière) ait été chargé des négociations avec un indépendantiste emprisonné. Pour un lieutenant-colonel analyste c’est singulier !!!

Enfin en 2004 une ténébreuse affaire aux forts relents politiciens éclabousse le beureau de Basse Terre dirigé par le Commandant DE RODEZ. Des Commissions rogatoires se retrouvent on ne sait comment (enfin si, on sait) en sa possession. Le piquant de l’affaire est que le principal objectif de cette CR n’est autre que Victorin LUREL, le nouveau président socialiste du conseil régional ; Assemblée qu’il a arrachée de haute lutte à la représentante locale de l’UMP Mme MICHAUX CHEVRY. Et quand on apprend après rapide enquête que celui qui a passé ces documents juridiques (en principe confidentiels) à la préfecture n'est autre que le colonel de gendarmerie sur place on ne peut que renifler un remugle nauséabond de basse politique. Pourquoi un service d’analyse et de coordination a détenu ces documents ? Que comptait il en faire ? A ce jour ces questions restent sans réponses.

Le 9 janvier 2008 Christian ESTROSI récent Secrétaire d’Etat aux DOM TOM annonce dans Le Parisien la dissolution de toute cette structure. Dans le même temps il confirme les soupçons pesant sur ces structures, politisés, génératrice de bavures et contre productives au final. Les RG ne surveillant plus les partis politiques depuis 1995 pourquoi ces structures militaires le feraient ? Et l’on apprend alors que depuis quelques mois déjà le responsable du cabinet militaire n’assistait plus au réunion du cabinet du ministre et que son débarquement au tournant de l’année fut très bruyant.

Mais il existerait une explication plus prosaïque à cette décision.

En conclusion si l’existence de ces structures tant métropolitaines qu’ultramarines se justifiait en période de guerre froide et décolonisation, de nos il n’est plus explicable qu’une partie du territoire national soit , en matière de renseignement, géré par des fonctionnaires issus du service de contre espionnage extérieur.

Il convient enfin de noter qu’au sein de la Direction des Affaires Politiques Administratives et Financières (DATAF) du Secrétariat à l’Outre Mer une discrète Mission de la Police Nationale accueille des fonctionnaires de Police qui ont tous une expérience en DST ou en RG. Mais c’est une autre histoire…..